Un militant du Val d’Oise à la ministre de l’Intérieur : « Mettez-moi en examen, car je boycotte »

Publié le par zled

Article placé le 25 fév 2010, par Frédéric Courvoisier

A lire, ci-dessous, la lettre adressée par Serge Grossvak, militant de la campagne de boycott contre les produits en provenance d’Israël actif dans le Val d’Oise, à la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie. J’ai participé à l’action de dénonciation des produits de la colonisation dans un hypermarché du Val d’Oise, alors mettez-moi en examen si vous le voulez, dit Serge à la ministre.

Le 10 février dernier, Sakina Arnaud, une militante de la Ligue des droits de l’homme, s’était vu infliger 1′000 euros d’amende pour incitation à la haine raciale après avoir apposé un autocollant « boycott apartheid Israël » sur des jus de fruits provenant d’Israël.

Michèle Alliot Marie, ministre de l’Intérieur, avait ensuite surenchéri lors de son discours devant ses maîtres du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le 18 février : « Je n’accepte pas que des personnes, responsables associatifs, politiques ou simples citoyens, appellent au boycott de produits au motif qu’ils proviennent d’Israël. Je souhaite que le parquet fasse preuve de davantage de sévérité à ce sujet. J’ai donc adressé une circulaire aux parquets généraux, leur demandant d’identifier et de signaler tous les actes de provocation à la discrimination. J’entends que tous les auteurs d’actes soient poursuivis dès qu’ils auront été identifiés et notamment quand les appels auront été faits sur Internet. »

Vous pouvez consulter, sur Mecanopolis, la liste complète des produits israéliens à boycotter.

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Ministère de la Justice Madame Alliot-Marie 13 place Vendome 75042 Paris

Groslay, le 22 février 2010 Lettre Recommandée

Madame la Ministre,

Je l’avoue,

Je boycotte les marchandises d’Israël. Je ne veux pas de ces produits poussés dans le sang et la domination. Ils puent la haine et l’oppression. Je les refuse, et je pense à mes parents m’enseignant le martyr infligé par les nazis. Cette géhenne qui avait dévoré notre famille. « Plus jamais ça ! » était la clameur venue du cœur, au sortir du malheur. « Plus jamais ça » avaient dit les survivants. Enfant de juifs immigrés, j’avais entendu cette leçon comme un devoir d’humanité, comme un engagement de solidarité, comme une exigence de vie. Je boycotte, aujourd’hui, pour que les petits enfants d’un grand martyr sortent du chemin assassin, pour que l’État d’Israël et son peuple égaré dans un grandissant extrémisme sortent de sa tyrannie.

Je l’avoue, j’appelle au boycott des produits de ce pays aujourd’hui guerrier, conquérant et oppresseur, de ce pays abdiquant toute morale. Je l’avoue, c’est de toute ma voix et de tout mon cœur que je convie à cet acte de résistance. Acte pacifique. Acte raisonné. Mon appel est une clameur contre l’indignité des crimes commis, la pratique des colonies. Mon appel est pour peser et faire renoncer à la guerre.

Je l’avoue, j’y étais. J’étais dans ce supermarché de Cormeilles pour sortir les produits israéliens des rayons et les déposer en vrac à l’entrée des caisses. J’y étais, et j’y ai pris la parole. Les services de police peuvent l’attester, j’avais donné mon nom. Lorsqu’on agit pour l’honneur, nul n’est besoin de se cacher.

Je l’avoue, j’y étais et j’ai accompli tout cela pour mon humaine dignité et l’honneur de mes ancêtres. Parce que je ne peux supporter d’abandonner dans la souffrance et l’injustice le peuple de Palestine. Parce que je suis juif descendant de Marek Edelman, de Joseph Epstein et de Raymond Aubrac, ma racine juive est du côté des opprimés, de tous les opprimés.

Madame la Ministre et gardienne des sceaux de justice et des lettres de cachet, condamnez moi, pas Sakina ! Madame la ministre, puisque vous avez fait vœu de châtier ces gestes de résistance et d’honneur, oubliant qu’ils visent un Etat désigné comme relevant de « crimes de guerre, voir crimes contre l’humanité » par le juge Goldstone (juif comme moi), condamnez moi, pas Sakina. Madame la Ministre, je ne redoute pas vos geôles et vos invectives, je suis prêt à affronter vos fureurs comme mon père avait du affronter l’internement par une police aux ordres d’un pouvoir totalitaire.

Madame la Ministre, rien ne me fera renoncer à mon engagement pour la Paix et la Justice, pour que le peuple palestinien recouvre sa dignité dans son pays indépendant, aux frontières de 67 et à la capitale en Jérusalem-est.

Madame la Ministre, je vous prie d’agréer toute ma détermination à combattre vos menaces à l’encontre d’une lutte juste et votre soutien à un extrémisme nationaliste qui fait honte à ma culture juive.

Serge Grossvak


 







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